(merci de lire l'avertissement se situant en haut de la page.)
Désolé pour cette parenthèse nécessaire - on n'est jamais trop prudent - et introduisons-nous dans le monde subversif - par la force des choses - et probablement mortel de la tabagie.
Causons donc cigares.
Plus particulièrement des Partagas "Mille Fleurs" et Por Larrañaga "Montecarlos", deux petits habanos - pour se la péter, dénomination plus correct que "havane" - à moins de 4€ l'unité. Un plaisir plutôt abordable comparé aux coûteux barreaux de chaise du haut de la pyramide - mais plus emblématiques du puro cubain dans l'esprit des gens.
Évidemment, l'achat d'un cabinet - rempli - de 25 cigares reste, lui, un petit investissement - et orientation "luxe" du produit oblige, il n'y a bien sûr pas de prix dégressifs. Heureusement que la vente à l'unité est généralisée chez tout civettier normalement constitué.
Mille Fleurs.
Commençons par l'archi-connu Mille Fleurs de Partagas, un des cigares les plus fumés en France avec le Montecristo N°4 et son petit frère obèse, le Partagas D4 - tous deux plus onéreux, surtout le D4.
Le module du cigare est le petit corona - désignation commerciale pour tous les cigares d'environ la même taille. Autrefois populaire auprès des néophytes et des amateurs à la recherche d'un cigare ne demandant pas trop de temps, les petits coronas tendent à s'effacer en faveur des robustos, plus courts, plus doux grâce à leur plus large diamètre et aussi plus lucratif pour les marchands de tabac...
Comme vous pouvez le voir sur la photo, le Mille Fleurs est aussi commercialisé en pochette cartonnée de cinq cigares. Ce conditionnement est assez déconseillé - faites ce que je dis, pas ce que je fais - à cause du risque de transfert d'odeur. Cependant, les vitoles issues de ce conditionnement ont une bonne gueule, bien cylindrique ; à l'inverse de celles des versions boîtes, à l'air "écrasé" - un aspect box-pressed raté.
Défaut des petits budgets, la finition du produit et la régularité de sa qualité n'est pas forcément assurée. Les cigares cubains, c'est toujours un peu la loterie, même chez les meilleurs des grandes marques, mais cela l'est encore plus pour l'entrée de gamme.
Cela dit, j'ai eu la chance de tomber sur une excellente boite de 25, avec seulement un ou deux cigares s'étant révélé être des bûches infumables. Tellement bon au fumage que cela en est presque rageant... quand votre dernière poignée acquise de "8-9-8" - toujours chez Partagas - se révèle être juste moyenne et pas la hauteur de ces petits cigares quatre fois moins onéreux...
Le fumage, justement. L'usage est de "découper" la dégustation en tiers : le "foin", le "divin" et le "purin" ; les trois étapes de l'évolution aromatique du cigare. Petit cigare à petit budget, ce n'est pas le cas ici.
Assez neutre à l'allumage, le cigare délivre bien vite des arômes de vieux cuir, ligne de goût assez typé de Partagas. La montée en puissance est progressive tout le long et le final se fait corsé et roboratif ; il est possible de fumer le cigare jusqu'au bout du bout si l'amertume ne se fait pas trop indiscrète.
En somme, un cigare viril et rassasiant pour les petites bourses.
Montecarlos.
Largement plus méconnu est le Montecarlos. La faute à la confidentialité de la marque - malgré les alléchantes Éditions Régionnales, introuvables en France - et au module, de la famille des panetelas, cigares long et fin et souffrant encore plus de la mode des robustos et autres shorts-bidules.
On a l'impression désagréable que les professionnels du tabac prennent les fumeurs français pour de gros beaufs, amateurs de sous-barreaux de chaises pour se la péter. Et du coup, Bye Bye, ER goûtues ; Bye Bye, panetelas... Un conseil: si vous en trouvez, jetez-vous dessus.
Tout comme le Mille Fleurs, le Montecarlos est plus uniforme que des vitoles "haut de gamme". Le cigare est assez doux avec des notes de miel et de fruit à coque. Il est moins costaud que le Partagas, mais se montre tout de même plus amer sur la fin.
Petite précision : avec les modules fins, il convient de ne pas brusquer le cigare en tirant trop fort dessus, mais de s'adapter au rythme de combustion de la vitole. Sinon gare aux relents acres qui viendront en gâter le goût.
Pour finir, nous avons là un cigare méconnu et élégant qui fera un excellent compagnon de soirée.
Considérations finales.
Paradoxalement, alors que le terroir est réputé pour ses vitoles acclamées par les amateurs mais hors de prix, les cigares plus humbles valent largement le détour. Surtout face aux - nommés à l'emporte-pièce - "autres terroirs", présentés comme l'alternative aux Cubains pour les moins fortunés.
J'espère vous avoir montré que Cuba pense aussi aux pauvres (sic), avec de bons cigares pas totalement hors de prix. Les deux vitoles présentées sont loin d'être des exceptions dans le catalogue cubain.
Romeo y Julieta produit également son propre Mille Fleurs, par exemple. Les controversés Jose L. Piedra, cigares dit "à tripe courte" - faite de feuilles hachées à la place de feuilles entières -, ont une qualité qui part trop en yoyo pour être conseillé à qui découvre le cigare, mais, dans le même genre, les Panetelas Extras de Rafael González sont très sympathiques et à un prix très doux. Toujours dans les cigares à moins de 4 €, j'ai un petit faible pour le Demi-Tasse de El Rey del Mundo, un poil court - le module est à peine plus gros qu'un cigarillo - mais le faire durer évite de le rendre âcre et permet de profiter de la même ligne de goût que les vitoles plus imposantes de la marque.

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